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10ème épisode : Qui sont les mormons de France ? (2ème partie)

10ème épisode : Qui sont les mormons de France ? (2ème partie)

Dans notre dernier article, nous avons commencé à esquisser le portrait des saints des derniers jours en France tel qu’il nous est apparu dans l’enquête sociologique réalisée en 2007 parmi les membres pratiquants de 18 ans et plus, en France métropolitaine.

Au niveau de l’éducation, les résultats sont intéressants :

ETUDES Population France INSEE Protestants en France

SDJ en France

(Enquête  2007)

SDJ USA

(Pew Forum)

PRIMAIRE 29% 30% 9% 9%
BEPC/CAP/BEP 39% 28% 29% 30%
BAC 13% 14% 22% 32%
BAC+2+3 9% 11% 22% 18%
BAC+4+ 10% 17% 14% 11%
TOTAL 100% 100% 100% 100%

Il apparaît clairement que les saints français font plus d’études supérieures que la moyenne française et même globalement plus que les protestants. Les chiffres suivent de près ceux des saints américains mais avec une légère avance sur eux pour les études de troisième cycle (post graduate studies).  Soulignons qu’en comparant avec une étude semblable réalisée en France en 1990, on note un net accroissement des SDJ français qui font des études.

Si nous considérons la connaissance des langues étrangères, on constate que 50% de notre échantillon déclare parler des langues : 34% parle une langue étrangère, 13% en parle deux et 3% en parle trois ou plus. Cela s’explique en grande partie par le service missionnaire qui permet d’apprendre des langues, ne serait-ce que l’anglais. Quant à la répartition entre les différentes langues, on relève : l’anglais 48%, l’espagnol 24%, 6% l’allemand, 5% pour l’italien et pour le portugais, enfin 1% avec l’arabe. 12% parlent d’autres langues. Une enquête d’Eurobank pour la France, en 2007, signalait que 34% des Français parlent l’anglais, 10% l’espagnol et 7% l’allemand [1]. La population mormone est donc au dessus de ces chiffres.

Concernant la répartition socioprofessionnelle, on constate sans surprise, que peu de saints sont commerçants ou dans l’agriculture. En revanche, ils sont plus nombreux que la moyenne française à être artisans, chefs d’entreprise (plus de 10 salariés), et dans les professions libérales. Surtout, ils sont plus nombreux dans la fonction publique (9,2% contre 5,8% de Français d’après l’INSEE). Ils sont aussi moins nombreux parmi les ouvriers, qualifiés ou non (7,3% parmi les saints contre 12,8% en France), mais plus nombreux dans les services aux particuliers (6% contre 4,1%). Cependant, on constate une répartition générale très représentative de notre société actuelle.

Dans notre échantillon, 61% sont des convertis de la première génération, 22% de la deuxième et 6% de la troisième. Parmi ces membres, 37% ont été convertis entre 18 et 30 ans, soit un tiers de tous les adultes. Sans surprise, 62% de ces convertis à l’Eglise étaient Catholiques, 5% Protestants, 1% Musulmans et 0,3% Juifs. Enfin, 6% étaient sans religion et 3% sont issus d’autres traditions religieuses. Soulignons que 43% de ces convertis étaient pratiquants dans leur ancienne foi, contre 57% qui ne l’étaient pas. La différence est mince montrant que le message de l’Evangile rétabli s’adresse aux deux groupes. Au registre de l’activité, une fois baptisés, 27% des saints aujourd’hui pratiquants affirment avoir connu une période d’« inactivité » (17% moins d’un an, 19% 1 ans, 64% 2 ans et plus). Ceci confirme statistiquement que l’inactivité n’est pas une fatalité. Enfin, parmi les saints pratiquants, 30% sont seul membre de l’Eglise dans leur famille, tandis que 87% des personnes mariées ont leur conjoint dans l’Eglise.

Les saints de France sont nombreux à avoir servi une mission : 20% d’entre eux (88% lorsqu’ils étaient jeunes). La répartition géographique est la suivante :

mormons_france_lieux_de_mission.jpg

En 2007, 87 jeunes et 9 couples venant de France servaient en mission, soit 105 personnes. Ils sont moins d’une centaine en 2010. A la question « Pensez-vous faire ou refaire une mission, plus tard ? », 74% ont répondu oui, soit 1 057 personnes sur 1 431. Même si toutes les bonnes intentions ne se concrétiseront peut-être pas, il est certain que nombreux sont ceux qui envisagent, dès leur retraite, de servir une mission, parfois sans partir de chez eux grâce aux missions de service. Prosélytisme, temple, séminaires et instituts, histoire familiale, entraide, etc., les types de missions sont nombreux. Rappelons l’invitation du Président Monson lors de la dernière conférence générale d’octobre : « Nous avons besoin de beaucoup, beaucoup plus de couples âgés. » Les saints francophones sauront répondre à l’appel.


Par Christian Euvrard, docteur en Sciences des Religions, auteur d’une thèse de doctorat sur la socio-histoire du mormonisme en France, en Suisse et en Belgique francophones de 1850 à 2005