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7ème épisode : Les Trente Glorieuses de l'Eglise en Europe francophone (1945-1975)

7ème épisode : Les Trente Glorieuses de l'Eglise en Europe francophone (1945-1975)
Dès décembre 1944, des militaires américains saints des derniers jours  arrivent à Paris et prennent contact avec les membres. Ezra Taft Benson, membre du Collège des Douze, est bientôt envoyé par George Albert Smith, président de l’Église, en mission humanitaire en Europe auprès des saints touchés par la guerre. Entre octobre 1945 et décembre 1949, ce sont plusieurs tonnes de denrées alimentaires (céréales, fruits, légumes secs, lait et viande) et de vêtements (dont chaussures et manteaux) - l’équivalent de cent trente-trois wagons de marchandises d’une valeur de quinze millions de dollars d’aujourd’hui - qui seront acheminées. 
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L’autre mission de frère  Benson était la réouverture des missions européennes, dont la France. En mai 1946, James L. Barker est appelé  comme président de la Mission française (Mulhouse et Strasbourg incluses). Le dix-sept novembre 1946, arrivent les onze premiers missionnaires. Tous ont combattu dans le Pacifique, en Chine ou en France. Cette fois, ils ont choisi une mission de paix.

La présidence de frère Barker est marquée par  plusieurs événements :

- 1949 : début du micro-filmage des archives de l’État-civil à Paris et à Bruxelles.L’Étoile (Le Liahona de l’époque) est à nouveau éditée. 

- Un « Quatuor Mormon » de missionnaires donne trente-huit concerts dans la mission. 

- En Belgique, une équipe de basket-ball de missionnaires remporte quatre-vingt-dix  pour cent de ses matches. 

- En 1948 et 1949, le président Barker donne une série de soixante-dix conférences publiques sur l’Église dans tout le pays.

D’autres présidents suivent : Golden LeGrand Woolf (1950-1953), qui voit le nombre de ses missionnaires diminuer en raison de la Guerre de Corée, Harold W. Lee (1953-1957) et Milton L. Christensen (1957-1959). En mai 1951, David O. McKay devient le nouveau président de l’Église. En juillet 1952, dans le cadre d’une tournée en Europe, il consacre le terrain du futur temple de Zollikofen (Suisse) et annonce une « nouvelle ère » missionnaire, bénissant les peuples des pays européens, prophétisant que les cœurs et les esprits seront plus que jamais ouverts et promettant aux missionnaires le discernement pour trouver ceux qui sont prêts à accepter l’Évangile.

Cette nouvelle ère est caractérisée par les changements suivants :

- Septembre 1952 : le gouvernement français, après deux ans d’enquête des  Ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur, accorde à l’Église le statut d’association.

- Mai 1952 : le siège de la mission s'installe au 3, rue de Lota, à Paris. 

- une équipe de cinq traducteurs est mise en place pour préparer les manuels et L’Étoile. 

- Du 11 au 15 septembre 1955 : le temple de Suisse est consacré.

- Juin 1956 : un nouveau livre de cantiques en français est publié. 

- 1958 : la première édition française complète de  Doctrine et Alliances et de La Perle de Grand Prix est publiée.

De grands changements se produisent dans les années soixante, en particulier avec l’arrivée d’Edgar Brossard à la présidence de la mission (1959-61). L’année 1960 sera exceptionnelle. Alors que le nombre de baptêmes annuels n’a jamais dépassé la centaine, la mission se fixe un but de quatre-cents. En juillet, comme l’objectif est déjà atteint, on élève la barre à huit-cents. Ils auront neuf cent quarante-deux baptêmes ! En 1961, mille cent quatre-vingt-sept et autant en 1962.

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Un autre objectif était de trouver des terrains pour construire des églises dans les grandes villes de France et de Suisse, la Belgique étant privilégiée avec déjà deux lieux de culte. Joseph F. Smith, président de l’Église avait dit : « Une bonne église vaut vingt bons missionnaires pour le prosélytisme. » En France l’Église louait des salles dans des sous-sols ou en étage, dans des quartiers pas toujours très fréquentables. L’objectif était d’avoir cent églises construites en Europe en cinq ans. C’est ainsi que l’on vit fleurir Bruxelles, Bordeaux et Liège en 1965, Marseille, Nice et Versailles en 1966, Lausanne en 1971…etc.

Enfin, il fallait former les dirigeants locaux pour que les missionnaires puissent se consacrer à la prédication. « J’ai ordonné quelque quatre cents personnes à la prêtrise pendant que j’étais là-bas », raconte le président Brossard.

Ce dynamisme général est aussi porté par le développement des organisations auxiliaires : la Société d’Amélioration Mutuelle (SAM), qui offrait chaque semaine des leçons et des activités permettant de cultiver les talents ; la Société de Secours et la Primaire (qui se réunissaient en semaine) et l’École du Dimanche. Les conférences de jeunesse organisées au niveau de toute la francophonie donnèrent aux jeunes des occasions  de rencontre.

L’aboutissement de cette période, sorte de « Trente Glorieuses » spirituelles, a été la création de deux missions supplémentaires : la Mission de l’Est, le 15 janvier 1961, avec Henry D. Moyle fils comme président (1961-1964) et la Mission de France Belgique, présidée par Joseph T. Edmunds (1963-1966).

Avec trois missions, davantage de missionnaires, de nouveaux bâtiments, des programmes en expansion et de nombreux baptêmes, l’Europe francophone était en pleine croissance.


Par Christian Euvrard, docteur en Sciences des Religions, auteur d’une thèse de doctorat sur la socio-histoire du mormonisme en France, en Suisse et en Belgique francophones de 1850 à 2005.