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6ème épisode : L'Eglise pendant et après la Seconde guerre mondiale (1940-1946)

6ème épisode : L'Eglise pendant et après la Seconde guerre mondiale (1940-1946)
Après le départ du président de la Mission française, Joseph Evans, Gaston Chappuis,  missionnaire en France pour la 2e fois, reçut la responsabilité de la Mission. Une lettre de Heber J. Grant du 15 janvier 1940, lui spécifiait : « Vous êtes nommé, par la présente, responsable de la maison de la mission de Paris, des affaires de la mission en général, de la publication de L’Etoile et de tenir les comptes de la mission…»[1] Mais les circonstances de l’occupation précipitèrent leur départ en août 1940. Traversant France et Espagne, il embarqua pour les Etats-Unis, avec son épouse Flore Lahon originaire de Liège, depuis le Portugal.
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Le 11 août eut lieu la dernière réunion de sainte-cène à Paris avec Chappuis. La branche fut ensuite entre les mains d’Evelyne Kleinert, Présidente de la Société de Secours. D’origine suisse, modèle de fidélité, elle s’occupa des sœurs de la branche : Louise Beaucantin, Elise Brenkle, sœur Maillet, sœur Tourneau, sœur Martin. Elles se réunissaient autant que possible malgré le froid intense de ces hivers, les problèmes de chauffage, de transport (2 h de métro pour venir) et surtout de maladie. Le mardi 17 août 1943, sœur Beaucantin décéda. Malgré tout, certaines continuaient à payer dîme et offrandes. Le 2 février 1944, ce fut la visite de Léon Fargier, membre de Valence, seul ancien en France. Finalement, elles purent prendre la sainte-cène ! Fargier bénit les sœurs malades et fatiguées des privations de la guerre.
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En fait, depuis le début de la guerre, Léon Fargier était le seul dirigeant en zone libre. Infatigable, il organisa et visita les branches de Valence et de Grenoble, allant à Lyon, Nîmes, Besançon, St Etienne ou Marseille. Il voyageait par train, malgré les bombardements alliés et les sabotages de la résistance, prenant son vélo et parfois faisant de nombreux kilomètres à pieds. Il baptisa, ordonna, maria et bénit les enfants. Après l’occupation de la zone libre, il alla à Paris et jusqu’à Saint-Dié. Le 21 juillet 1941, dans un article de Paris Soir, on put lire en première page : « M. Fargier, seul pasteur mormon de la zone libre a baptisé ses quinze ouailles dans la piscine municipale de Grenoble » ! Fargier expliqua au journaliste : « Nous n’avons pas de temple en Europe. Mais Sion est partout où Dieu peut habiter, partout où se trouve un membre de l’Église. »

Avec plus de 400 membres et des dirigeants locaux bien préparés la Belgique fait face dignement à l’occupation. Sous la direction du président de district Paul Devignez, les réunions s’organisèrent bien que les trois chapelles fussent confisquées par l’autorité allemande. Depuis 1938, grâce au président de la Mission Ursenbach, les saints belges avaient un « Plan de sécurité ».

Les membres locaux élevaient « qui des lapins, qui une chèvre, qui un porc. »,[2] avaient d’importantes réserves de blé et de pommes de terre et un jardin qui fournissait des légumes aux nécessiteux. Mais le ravitaillement n’était pas le seul problème. Plusieurs frères de Seraing, par exemple, furent envoyés dans des usines allemandes en travail obligatoire. Pourtant, environ 50 personnes se firent baptiser durant le conflit.

En Suisse, la neutralité du pays permit aux membres de se réunir en toute liberté, même si la guerre créa des circonstances difficiles. Le président de district, Robert Simond, dirigea l’œuvre pendant toute la durée du conflit avec 25 baptêmes. D’après Simond, « les dîmes ont triplé dans plusieurs branches. » Il organisa aussi des conférences régulières avec les dirigeants de la prêtrise et édita un Bulletin d’Informations pour entretenir le lien parmi les membres.
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De toutes les manières, les saints francophones ont relevé le défi imposé par les circonstances.

[1] Extrait des papiers personnels de Gaston Chappuis, cité dans l’Historique de la Mission française.

[2] Marcel Kahne, Histoire du District de Liège, 1889-1997, Namur, 1997, p. 46


Par Christian Euvrard, docteur en Sciences des Religions, auteur d’une thèse de doctorat  sur la socio-histoire du mormonisme en France, en Suisse et en Belgique francophones de 1850 à 2005